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les Chasseurs-proies de la forêt du Vergeau [PV-Vana]

MessageSujet: les Chasseurs-proies de la forêt du Vergeau [PV-Vana] Lun 20 Aoû - 6:00


❝ It started out as a feeling ❞
which then grew into a hope




Au premier jour elle s'était trouvée à pied sur les routes, vêtue légèrement et chaussée de bottes neuves elle ne transportait dans son baluchon que le strict nécessaire. Lorsqu'au cinquième jour une caravane avait accepté de l'accueillir en échange de menus services elle s'était empressée de suivre les inconnus et avait alourdit son baluchon de vêtements et de provisions, faisant naitre murmures et suspicion dans la caravane en proie au vol. Certains regards s'étaient tournés vers elle mais on n'eut guère le loisir de l'accuser ou même de la soupçonner vraiment car au huitième jour, une vingtaine de bandits encerclèrent les charrettes et leurs occupants. Alors que le combat s'engageait l'enfant s'était glissée jusqu'à l'avant du groupe chargée de l'entièreté de ses affaires achetées ou volées dont elle avait encombré un cheval après l'avoir détaché d'une charrette flambante. Elle avait fui l'altercation sans un regard en arrière pour les condamnés, penchée en avant dans l'espoir de ne pas recevoir une flèche dans le dos. Et ses prières avaient été exaucées.

Ainsi, au matin du dixième jour, Anselm se trouvait-elle seule sur les routes, montée sur un cheval rouge d'une relative médiocrité lequel était chargé de biens ne lui appartenant pour la plupart pas. Et affamée. Sa destination, la Capitale Asunia, se trouvant encore à deux bons jours de route elle s'inquiétait vaguement de ces crampes soudaines dans son estomac vide mais n'avais pu le contenter la faute au marécages traversés la veille et qui décourageaient aussi bien les voyageurs que les bêtes, ainsi que les fermiers.
Poussant sa piètre monture en avant, elle lorgnait les bordures du chemin et les fossés en espérant y repérer une quelconque bestiole mais ses espoirs de repas complet elle les fondait surtout sur l'épaisse forêt qui lui faisait face. Étendant ses bras vert sombre pour embrasser les pieds de la montagne, la forêt encombrait l'horizon de sa réjouissante présence, promettant gibier aux voyageurs. Et ce n'est pas la perspective de se voir accuser de braconnage qui inquiétait la cavalière.

Elle atteindrait l'endroit en fin de journée si le pitoyable canasson tenait le rythme et se mettrait en chasse aussi tôt. D'ici là elle ne pouvait que surveiller les arbres de loin, en espérant qu'ils ne prennent pas la fuite. Et réfléchir. Aussi.
Réfléchir aux maudites rumeurs, aux fichus on-dit et aux nouvelles désagréables glanées dans la cité des mages. <Ces foutues rumeurs...>
...
<Ces foutues rumeurs...>
Cela avait commencé avec le hurlement du loup, des paroles sur la fin du monde, des murmures éplorés... Anselm ne savait qu'en penser, elle ne pouvait ni y croire ni prétendre y être hermétique. Et avant même qu'elle n'ait décidé de sa position quant à de tels évènements, le monde s'était mis en marche. Les rumeurs avaient fusé, des histoires à propos de cet artefact divin avaient ressurgi du fond des temps ranimant quelques souvenirs de la grande guerre et puis les hommes s'étaient mis en route. Pour trouver l'artefact, pour que la fin du monde ne soit pas la leur...

Elle tira sur la bride, donna un coup de talon.

... mais serait-elle la sienne? Qu'adviendrait-il de ceux qui ne mettraient pas la main sur l'objet divin? Auraient-ils une place dans le nouveau monde qu'un anonyme construirait pour eux? Ou pour lui...

Elle fronça les sourcils, se pinça les lèvres.

Elle ne voulait pas qu'un étranger décide de l'avenir du monde. Elle ne voulait pas qu'un inconnu décide de son futur, ou le mette en péril. Ainsi Anselm chevauchait-elle en direction d'Asunia, a la recherche d'informations, à la recherche de noms. Des noms des aventuriers qui couraient après la fable, des noms des guildes qui se formaient pour en organiser la traque. Elle voulait des noms. Des noms qui sentaient le danger et la menace. Des noms qu'elle pourrait traquer à son tour et faire graver sur des tombes.
Elle voulait des noms, pour arrêter cette folie. Il fallait des dieux pour créer et gouverner un monde, pas des hommes. Elle ne laisserait pas un homme décider de son destin.
Jamais.



<Jamais plus...>
La nuit tombait sur la forêt de Vergeau lorsqu'elle en franchit la lisière formée d'arbres rougeoyants sous la lumière sanglante du soleil couchant. Quelque part à l'ouest, si sa mémoire était juste, se trouvait un village mais elle avait assez chevauché pour la journée et dormir à même le sol était le cadet de ses soucis. Ce qui lui importait, dans l'immédiat, c'était les nœuds de son ventre et sa langue sèche. Elle attacha sa monture à un frêne, s'arma de quelques dagues et abandonnant le cheval là, s'enfonça dans les sous-bois.
Elle tendait l'oreille, entendit le murmure de l'eau et, a pas longs et lents s'approcha d'un ruisseau devant lequel elle s'empressa de mettre genoux à terre pour plonger ses mains nues dans l'eau claire et la porter à ses lèvres craquelées. Une bonne partie du liquide s'écoula sur son pourpoint brun et détrempa les manches blanches qui en dépassait sans qu'elle ne se soucie du froid mordant qui l'accompagnait. Elle replongea ses mains trois fois jusqu'à plus soif avant de se redresser, d'essuyer son menton d'un revers de manches et de s'inquiéter de la lumière qui cédait peu à peu sa place à l'obscurité. Il fallait chasser avant que toutes les bêtes des bois ne se soient planquées dans leurs terriers...

Elle noua ses cheveux pâles en une tresse serrée et eut tout juste le temps de passer sous le couvert des arbres lorsqu'un tremblement d'effroi secoua ses membres et l'immobilisa net. Elle écarquilla les yeux, serra dans ses mains moites les dagues qui constituaient son unique moyen de défense et tendit l'oreille. Une simple impression. Celle d'être vu et traqué par plus dangereux que sois. Une impression de danger qui la fit se ramasser au sol et fouiller les alentours du regard.
Chasseur et proie.
Lorsque son regard croisa celui, indéchiffrable, de la femme aux cheveux rouges, son cœur loupa un battement. Elle ne l'avait pas vue arriver, pas plus qu'entendue. Et un nouveau frisson la traversa alors qu'elle se redressait lentement sous le regard inquisiteur de l'étrangère. <Tuer ou être tuer> se rappela-t-elle. Elle connaissait cette situation, cette seconde suspendue dans le temps avant que quelque chose n'arrive. Quelque chose... Elle rendit son regard à l'étrangère, l'esprit embué interrogations a son sujet et la langue nouée par la prudence.




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les Chasseurs-proies de la forêt du Vergeau [PV-Vana]

MessageSujet: Re: les Chasseurs-proies de la forêt du Vergeau [PV-Vana] Jeu 30 Aoû - 3:57



    La biche se désaltérait, écartant délicatement ses frêles pattes afin d’atteindre l’eau du petit ruisseau qui courait en-dessous d’elle. Son pelage pâle était parsemé de taches à peine plus foncées que formait l’ombre des feuillages éclairés par le soleil couchant. Autour d’elle caracolait un jeune faon, qui n’avait certainement que quelques jours, et dont les élans de gaieté emplissaient la petite clairière déserte au milieu de laquelle ils se trouvaient. La paix de l’instant était agrémentée de quelques chants d’oiseaux sylvestres, qui unissaient leurs mélodies dans une symphonie légère. Soudain, pourtant, tout se tut autour des deux cervidés. Les notes chantantes s’étaient tues, et même la brise qui courait entre les feuilles semblait retenir son souffle caressant. Relevant prestement la tête, la mère du faon s’éloigna de l’eau pour rejoindre son petit, tous sens en alerte. Ses oreilles pivotaient anxieusement, à la recherche d’un bruit qui trahirait la présence néfaste. Puis la bête fondit sur le jeune cerf, laissant à peine à la biche le temps de bondir pour sauver sa peau. Un loup – une louve, peut-être – s’était emparé de son petit, elle ne pouvait plus rien pour lui. Déjà le canidé attaquait de ses mâchoires puissantes le cou frêle du faon. Mais ses crocs étaient arrêtés par un autre prédateur qui s’était virulemment planté dans la jugulaire de l’animal.



    La faim, tout comme la fatigue ou le froid, n’est qu’un état du corps que l’esprit peut aisément contourner, mettre de côté quand il est nécessaire. Néanmoins, si l’esprit peut se passer de telles fioritures, le corps, lui, réclame forcément son dû à un moment ou à un autre.
    Ainsi, après neuf jours de jeûne, la femme aux cheveux de feu ressentit la véritable faim, cette sensation qui vous tordait le ventre et vous faisait plier en deux sans que vous fussiez maître de votre corps. Elle marchait depuis des jours – des nuits, à vrai dire, car elle préférait le froid de la nuit qui l’enveloppait et la dissimulait aux voyageurs un peu trop curieux, aux bivouacs imprudents, qui se faisaient détrousser impunément et subtilement de quelque cape chaude ou fiole intéressante. Et, bien que très sûre d’elle, la sorcière ne savait pas où elle allait – tout ce dont elle était sûre, était que sa prochaine victime trouverait la mort dans la forêt vers laquelle elle se dirigeait.

    Le jour redescendait doucement de son piédestal quand la faim réveilla Vana en plein sommeil. La douleur, insupportable, l’obligea à continuer son chemin malgré l’éclat descendant du soleil. On voyait déjà au loin les grands arbres qui formaient ladite forêt du Vergeau, s’étendre au loin en un groupe d’immenses moutons verdâtres au pied d’une montagne tranquille. Quelques heures de marches, tout au plus, et elle aurait rejoint le couvert protecteur des feuillus et des buissons. Il était vrai que, pour l’instant, le chemin qu’elle avait emprunté était peu fourni en végétation, et l’idée de se faire remarquer était loin de l’enchanter. Pourtant, elle eut la chance de se trouver à proximité d’un bosquet lorsqu’un martèlement régulier lui parvint. D’un bond leste, elle se réfugia derrière un tronc d’arbre, scrutant la direction d’où provenait le bruit.

    Vana reconnut au son des sabots un petit cheval, ce qui lui fut confirmé quand elle vit s’avancer une rosse alezane, portant sur son dos une jeune femme maigre, aux yeux perçants. La sorcière décela tout de suite la lueur qui brillait dans ses yeux. Elle était de ceux qui côtoient la mort de près... de ceux qui jouent avec elle et avec leurs victimes. Les paquets empilés sur la croupe de l’équidé étaient fort imposants, mais l’ensemble tenait plutôt bien. Mais ce qui attira l’attention de la belle rousse fut l’éclat d’une lame cachée, que le soleil lui avait révélée. Frémissant, elle se jura de faire attention à cette femme qui suivait la même direction qu’elle... et certainement dans le même but.



    Elle avait suivi la cavalière sans bruit, mais s’était éloignée à l’approche de la forêt du Vergeau. Pas question que l’inconnue traque le même gibier qu’elle, même si la sorcière avait un temps d’avance sur son adversaire. Vana se confectionna alors un arc de fortune, mais assez solide pour abattre un animal de taille moyenne. Tout dépendait maintenant de ce qui lui tomberait entre les mains.
    Elle repéra la direction du vent, prit garde à lui faire face, puis, comme si tout se fut déroulé selon le bon désir de l’enchanteresse, tomba sur la piste d’une biche et de son petit. Prête à bander son arc, elle retrouva sa proie dans une petite clairière, à quelques pas de là. La sorcière se savait bonne archère, mais elle n’était pas à l’abri d’un échec qui, cette fois-ci, lui serait fatal ; elle prit donc soin de s’approcher le plus possible, et visa le faon, dont la peau ferait une belle besace une fois nettoyée. Mais à peine eut-elle tendu le fil que l’odeur âcre d’une louve lui chatouilla les narines. En colère, et bien décidée à ne pas laisser sa proie au carnassier, elle tira un trait meurtrier au même moment où la louve bondissait. Ses sourcils se froncèrent. Elle laissa tomber son arc, consciente que le petit était désormais la propriété de la louve.
    Mais la biche avait disparu.

    Frustrée de cet insuccès, Vana se résolut à suivre le ruisseau en aval. Elle avançait sans un crissement de feuille, comme un frisson qui vous traverse l’échine, et sa démarche féline la faisant ressembler à une de ces impressionnantes lionnes blanches qui peuplent le royaume d’Hagor. Elle avait faim. Elle se ferait lionne contre le prochain qui oserait lui voler sa proie.

    Ses yeux se plissèrent quand elle entendit le clapotis d’une eau qu’on prend en coupe dans ses mains. De nouveau aux aguets, elle se rapprocha de la présence, et ce fut sans surprise qu’elle reconnut la svelte jeune femme aux cheveux longs qu’elle avait suivie plus tôt dans l’après-midi. La semi-obscurité lui donnait tous les atouts pour surprendre l’inconnue. Vana sentait sa magie gronder en elle, comme un volcan prêt à entrer en éruption. Mais il fallait qu’elle se contînt ; cette femme, bien que dangereuse, pourrait bien lui servir...
    Elle se laissa lentement glisser hors des fourrés qui la tenaient à l’abri des regards peu minutieux. Mais l’inconnue l’avait aperçue, elle savait qu’elle était là. Deux iris bleu acier l’accueillirent sans chaleur, tout comme elle fixait la blonde avec une insistance de marbre. Son regard suffirait pour le moment à tenir la conversation entre les deux femmes – il lui fallait garder sa voix, conserver les modulations de ses cordes vocales pour un usage sensiblement plus délicat. Car la jeune femme qui lui faisait face ne semblait pas prête à baisser la garde. Les banderilles luisaient faiblement entre les mains de celle-ci, et la sorcière n’avait aucune arme, si ce n’était sa magie.

    Loin d’être une vicieuse manipulatrice, Vana savait pourtant que, pour arriver à ses fins, il fallait trancher dans le vif sans compromis. L’usage d’un petit sort faisait partie de cet attirail de couteaux acérés qu’elle emportait toujours avec elle. Et ce n’était pas un luxe que de s’en servir en ce moment précis.

    La terreur paralysait. Elle empêchait toute riposte de l’adversaire.

    Mais la sorcière sentait qu’il lui fallait faire preuve de mesure, dans le cas présent.


    Dans l’obscurité, les yeux de la femme aux cheveux rouges s’éclaircirent, devinrent d’un blanc laiteux, puis luisirent intensément, jusqu’à ce qu’il fut insupportable d’y jeter un œil. Elle avançait un pied nu et abîmé, puis l’autre, se rapprochant toujours plus de la voyageuse anonyme. Sa robe se soulevait par saccades, prenant l’apparence d’une cape noir de jais qui lui couvrit tout le corps. Les cheveux se dressèrent alors, ondulant comme des serpents autour de la tête aux traits osseux, alors que les mèches venaient lécher le visage illuminé de la sorcière.
    Un murmure sorti de nulle part emplit l’air autour d’elles, et fondit en un cri sur la blonde jeune fille.

    Puis tout disparut, comme s’il ne se fut jamais rien passé.

    Pourtant, la chasse commençait.




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MessageSujet: Re: les Chasseurs-proies de la forêt du Vergeau [PV-Vana] Jeu 4 Oct - 10:01

❝ Et qu'il n'y a que deux races❞
Ou les faux ou les vrais



Les symptômes de la peur? Le cœur qui bat, tout d'abord, et puis le sang qui pulse dans vos tempes. Ensuite vient la crispation des membres, tendus, tendus à trembler; vous écarquillez les yeux, vous cherchez la source de votre frayeur. Vous cherchez où est le mal, pour pouvoir le fuir.

Le mal dans le cas présent se trouvait de l'autre côté de la mince rivière. Il était rouge et blanc, vêtu de noir. Il était immobile. Il semblait grand sans l'être, il avait une prestance qui n'avait rien à voir avec son apparence. C'était désagréable à voir. Anselm observait, et l'apparition lui liait le cœur. Elle avait trouvé le mal qui faisait peser cette angoisse sur ses épaules; mais le mal n'était pas là. Non... Elle avait une coquille vide sous les yeux. Une poupée de chair et de feu. Une poupée, rien de plus qu'une poupée. <Où se cache le danger, là-dedans?>
Elle n'était pas armée, ne le paraissait pas. Pourtant l'ombre pesante appuyait avec insistance sur les épaules de l'assassine, la peur, la trouille, l'excitation... l'adrénaline de la menace. <Mais où est la foutue menace, là?> Rien de ce que ses yeux pouvaient voir ne trahissait le danger que l'étrangère prétendait représenter. <Mais je le sens, le danger...> Et elle ne pouvait tolérer d'être dans l'erreur.
Alors où se cachait-il, le danger.
... Où?
<C'est elle. Il se cache dans son dos, il se cache sous sa peau de pêche et sous ses boucles rouges.>


    -Et la magie, Maître?
    Il ne s'était pas même donné la peine de tourner les yeux vers elle. Elle avait attendu, angoissée, déglutit et puis répété la question. Deux fois.
    -Et bien quoi, la Magie?
    Quand le maître avait ce ton cassant, c'était mauvais signe. Mais malgré tout son respect et toute son affection pour lui, Amadeus avait conservé un brin d’indiscipline des basses fausses d'Alcombord.
    -Pourquoi vous ne me l'enseignez pas?
    -Ridicule, avait-il grogné.
    -Je pourrais apprendre! Envoyer des ombres tuer à ma place, disparaître si je suis aperçue, changer de visage pour qu'on ne me retrouve pas, forcer les gens à s'étrangler eux même, obliger les couteaux dans leurs cuisines à...
    -Suffit. Elle avait sursauté. C'était pire que mauvais signe. La Magie ne fonctionne pas de la sorte. Et tu possèdes plus d'armes qu'il n'en faut; que ferais-tu d'un nouveau gadget?
    Le problème n'était pas là, elle n'était pas dupe. Est-ce qu'il craignait la magie? Le Maître pouvait il craindre quoi que ce soit? Elle brûlait d'apprendre, brûlait de comprendre...
    Mais son Maître voulait qu'elle se taise, et il l'effrayait par trop pour qu'elle brave deux fois son autorité dans la même journée...

    La Magie; c'était resté une ombre incompréhensible et effrayante pour elle.
    Une arme invisible et protéiforme.
    L'arme des autres.


Anselm se sentait frémir sous le poids de la peur et celui de l'angoisse du souvenir. <Elle ne brandit pas d'arme...> mais le danger était bien réel <Elle ne brandit pas d'arme...> pas de lame ni d'arc ou de hache. <L'arme des autres...> Celle qu'elle ne savait pas reconnaître. Ni combattre...
Elle refusait d'y penser.
Elle dénoua ses muscles avec une lenteur méticuleuse et se redressa complètement, les bras ballants à ses côtés mais les nerfs à vif, les doigts en feu et chaque muscle, chaque articulation prête à s'agiter au moindre signe de danger.
Elle ne l'avait pas quittée du regard une seule seconde; ses yeux bleu acier plantés dans les puits sans fonds de l'étrangère. Deux gouffres d'un bleu profond à vous engloutir, à vous y noyer. <Quelle que soit l'arme qu'elle cache sous ses voiles je...>

BOUM
Un roulement de tambour. Pas vraiment, pas un son, plutôt une sensation. Mais une sensation assourdissante. Une sensation de poids qui envahissait l'air, l'épaississait, vous étouffait. Vous assourdissait sous sa présence. Il n'était plus question de peur ou d'instinct. Il était question de masse et de présence.
La présence qui manquait au corps se trouvait là. Dans l'épaisseur de l'air.
Et un nouveau coup de tambour.

De l'autre côté de la rivière, l'air se déformait, s'obscurcissait, se densifiait autour de la silhouette angoissante; la forêt lui appartenait, le ciel lui appartenait; c'était l'épaisseur de sa volonté, la forme de la magie. La fragilité de la victime qui voit l'air onduler et prend peur. Anselm refusa de prendre peur comme de reculer ou de fuir. Elle ne bougea pas. Pas un doigt, pas un cil; chasseur proie dans les sous-bois, si elle tournait le dos elle ne serait plus qu'un faon apeuré. Elle devait garder la tête haute, conserver sa propre dangerosité, étaler la menace qu'elle représentait elle-même comme un bouclier. Les yeux de l'étrangère se voilaient de blanc <Qu'est-ce que c'est que cette chose?> Se voilaient, jusqu'à devenir deux soleil qui forcèrent l'assassine à détourner le regard, plisser les paupières. <Qu'est-ce que c'est que ce monstre?>
La Magie; voila un thème que le Maître n'avait jamais voulu aborder.
La Magie était l'arme des autres.
D'où elle venait? Comment elle fonctionnait? Ce qu'elle faisait? Anselm ignorait tout.

Et l'ignorance modèle la peur.
...
La peur, elle... modèle la haine.


L'air se densifiait toujours autour d'elles, il semblait à Anselm que le monde s'était rétracté, collé à la sorcière et son maléfice; les cheveux rouges se mirent à danser autour du visage de marbre de l'étrangère; ses capes noires l'enveloppaient, linceul ou nuages orageux autour de ses épaules; Anselm pouvait entendre le ciel gronder. La sorcière était ce ciel... Et le grondement n'existait que pour elles. <L'arme des autres...> Elle brandit ses lames au devant d'elle; menace et protection, fléchit ses jambes prête à sauter, esquiver... prête à réagir à l'attaque d'où qu'elle vienne... pourvu qu'elle vienne. <La verrais-je seulement...?> Elle pouvait sentir les sueurs froides sur sa nuque et ne pouvait s'empêcher de serrer les dents à s'en rendre la mâchoire douloureuse... une arme qu'elle ne pouvait comprendre... <Je crèverais pas ici ma belle. N'y compte pas. Jamais.> Une arme qu'elle ne pouvait pas même voir...

Comment combat-on une telle arme?

Un murmure s'éleva. Une voix sombre et profonde, envoutante et chantante, une de plus pour s'associer au déluge d'incompréhension qui s'abattait sur l'enfant égarée. Un murmure assourdissant qui étouffait et consommait tous les sons alentours. Qui résumait toutes la pression de l'air à lui seul. Dans la poitrine d'Anselm, un cœur pourpre se compressait dangereusement; elle aurait voulu croire qu'elle demeurait immobile par la force de sa seule volonté, mais rien n'était moins sûr à présent. Le murmure était solide et liquide autour d'elle. Il lui prenait la gorge et pressait sur ses lèvres; il enserrait sa nuque et ses hanches. Elle ne pouvait pas échapper à un tel murmure. Comment échappe-t-on à l'immatériel, je vous le demande? Comment aurait-elle pu?

Et puis tout s'arrêta.


Un silence assourdissant, du même ordre que l'éblouissement lorsqu'on quitte l'obscurité après des heures d'enfermement. Un silence assourdissant sous lequel, peu à peu, percèrent les sons de la forêt, le bruissement des feuilles, le murmure de l'eau et le cris rauque d'un corbeau, quelque part à l'ouest. Anselm sentit ses jambes affaiblies par ce qui n'avait été qu'un rêve et se força à demeurer droite et inébranlable malgré sa volonté vacillante; elle resserra sa prise sur les lames acérées.
Elle se sentait naufragée.
Oui, c'était ça. La mer l'avait engloutie, une vague noire et gigantesque à laquelle elle n'avait pu échapper s'était abattue sur elle, avait écrasé son corps, mis à mal son esprit, envahit jusqu'à sa gorge de la terreur goût de sel. Et puis l'avait rejetée sur la berge. Et la voici hors de l'eau; essoufflée et perdue.


Elle eut trois pensées.
Dont deux certitudes:

La Magie était une arme redoutable et effrayante.
et
Elle ne voulait plus jamais y être confrontée

La troisième pensée n'allait pas à la Magie mais à la Sorcière de Vergeau; terrifiante et rouge, de l'autre côté de l'eau. A la sorcière et à son avertissement. <J'ai bien compris le message...> il ne fallait pas la prendre à la légère, surtout pas. Ne jamais risquer le combat, ne jamais risquer l'affrontement... Éviter à tout prix. Cette femme était dangereuse, dangereuse dans ses veines, dans son essence. Dans la force affolante de son esprit.
Anselm desserra les dents pour former un sourire goguenard.

-Un 'bonsoir' aurait aussi bien fait l'affaire; commença-t-elle d'un air léger. Elle exécuta une caricature de révérence sans se séparer de sa position de combat. Je n'ai jamais été friande de ces numéraux de cirque...

Feindre la légèreté, se donner l'air paisible. Persuader qu'elle maitrisait son univers. Se persuader qu'elle le maitrisait encore. De toute ses forces Anselm interdisait une chose. Une seule chose <Tu n'engloutira pas ma volonté.> Elle n'aurait ni son courage ni sa détermination. La petite tueuse était maître d'elle-même et ne laisserait jamais son esprit ployer devant celui d'un autre... refusait de céder.
<Qu'est-ce que c'est que ce monstre........> Elle voulait la fuir ou la détruire, en aucun cas parlementer avec elle, mais lui tourner le dos était un risque qu'elle ne pouvait courir et une humiliation que son égo ne pouvait souffrir. Et l'affrontement... Elle ignorait tout de la manière de combattre pareille abomination...

-Je ne suis pas un Chaperon innocent égaré dans les bois; parler. Effacer les échos du murmure qui résonnait encore dans ses os... Bas les armes.

Établissons une trêve. <Le temps que je comprenne...> Brandissons un étendard de paix pour une poignée d'heures. <Le temps de découvrir comment te combattre...> Bas les armes. <Jusqu'à ce que je trouve le moyen de te tuer sans risquer ma peau de concert.>

-Que dirais-tu d'une trêve, le temps d'un repas et jusqu'au matin?

Et au matin je quitte les bois et je laisse ton cadavre aux ours... alors? Qu'est-ce que tu en dis?



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MessageSujet: Re: les Chasseurs-proies de la forêt du Vergeau [PV-Vana] Mer 17 Juil - 4:13




    Sans avoir un odorat plus développé que la plupart des gens, la sorcière avait bien vite développé la capacité de ressentir les réactions des gens à travers leur odeur. Celle-ci révélait à la fois la confiance, la joie, la colère, et aussi… la peur. Elle avait un goût âcre, poivré, et légèrement teinté de cuivre, comme si la personne effrayée anticipait déjà la coulée de sang qui laisserait s’échapper la vie. Vana savait très bien qu’elle ne se trompait pas, elle connaissant cette odeur par cœur, elle ne pouvait l’oublier. Parfois s’y mêlait la curiosité, l’incompréhension, mais en tout cas, la peur, elle, était comme un livre ouvert où elle pouvait arracher des pages sans se faire mal. Combien de fois avait-elle eu en face d’elle quelque gamin trop confiant, qui avait voulu s’approcher, et qui s’était figé en voyant le regard vide du squelette à la crinière rouge ? Oh, tant de fois…

    Vana ne sourit pas. Elle sentait la peur qui émanait de l’autre, elle pouvait presque la palper, si ce n’était ce voile qui la recouvrait délicatement – l’humour. Elle aurait pu être fière de son effet sur l’inconnue, s’en vanter en lançant une remarque acérée à la petite blonde arque boutée, mais aucun sentiment de la sorte en elle. De plus, elle était bien loin de penser que cette jeune femme était inoffensive. Elle avait vu la lame briller au soleil, comme elle en voyait maintenant deux luire entre ses mains, et fendre imperceptiblement l’air.

    - « Un 'bonsoir' aurait aussi bien fait l'affaire. Je n'ai jamais été friande de ces numéraux de cirque... »

    Ris autant que tu veux, ta peur prendra le dessus au moment venu. Tu n’es qu’un animal, une bête au fond de toi, comme tous ces imbéciles que je n’ai cessé de côtoyer durant ma jeunesse… Et l’instinct de la peur les dirige plus que tout, tu le sais bien.
    Ne bougeant pas d’un iota, la femme anguleuse dévisagea une nouvelle fois son adversaire – car c’était exactement ce qu’elle avait en face d’elle : une adversaire, une menace qu’il fallait éliminer au plus tôt. Vana était en danger, elle le comprenait à la lueur dans le regard de la blonde ; c’était un regard qui disait « approche, j’ai peut-être peur de toi, mais je peux me battre ». Et, comme pour confirmer sa pensée, l’autre prit la parole.

    - « Je ne suis pas un Chaperon innocent égaré dans les bois. Bas les armes. Que dirais-tu d'une trêve, le temps d'un repas et jusqu'au matin? »

    N’importe qui aurait trouvé cette offre alléchante, et se serait jeté dessus comme un chien affamé sur un cadavre. Manque de chance, Vana n’était pas n’importe qui. Pourtant, l’autre avait engagé la conversation, et elle ne pouvait laisser le silence s’installer. C’eut été se montrer trop hostile, et révéler à l’autre l’envie qui la démangeait : la tuer. Mais la blonde avait eu la même idée : gagner du temps pour observer l’assaillant, le jauger, puis fondre à l’improviste et lui trancher la jugulaire. Vana n’était pas dupe, et le message était on ne peut plus clair ; une trêve ne signe en aucun cas l’arrêt définitif des combats. Au contraire, les combattants en profitent pour reprendre des forces, et attaquer encore plus vaillamment au prochain assaut.

    - « Je te l’accorde, mon entrée en matière n’était pas très civilisée. » La voix caverneuse de la rousse en avait fait frissonner plus d’un ; pourtant, elle avait tenu à y introduire des modulations qui la rendaient plus caressante, comme un poison qui paralyse la prudence de l’adversaire. « Faisons une trêve, si tu l’entends ainsi. »

    La sorcière impassible avança silencieusement vers l’assassin, non sans déceler dans son attitude une méfiance qui tendait ses muscles sous les fins vêtements qu’elle portait. La confiance n’existait pas, elle n’existerait certainement jamais entre ces deux êtres, et c’était tant mieux.
    Un pas après l’autre, Vana se retrouva au bord du cours d’eau, où elle rentra sans rien dire. L’eau était fraîche, presque froide, et gargouillait en un bruit presque agréable aux oreilles. Sous la surface transparente, on pouvait voir de gros cailloux emboîtés les uns avec les autres, lissés par le courant, qui formaient un joli camaïeu de gris où se reflétait l’onde. Le sang qui formait une croûte sur les blessures de ses pieds s’étiolait peu à peu au contact de l’eau, et la tachait de petites plaques brunes. La sorcière en sentit un certain soulagement, même si elle n’avait pas l’habitude de se soucier de telles futilités. Retournant alors sa longue robe noire sur deux jambes maigres comme celles d’un cadavre, elle entreprit d’ôter la saleté qui recouvrait sa peau ; - boue, poussière, tout ce qui rendait son voyage à pied un peu plus pénible chaque jour. Si seulement les chevaux n’avaient pas aussi peur d’elle, et ne ruaient pas quand elle voulait les enfourcher…

    Ne voulant pas laisser sa petite trouble-fête sans surveillance pendant trop longtemps, la sorcière releva vivement la tête. Aurait-elle, elle aussi, peur ? Si cette jeune femme constituait une menace pour elle, elle n’avait pas l’habitude de ressentir la peur. Les menaces, elle les éliminait, un point c’est tout. Mais cette fille…

    Soudain, les pieds toujours dans l’eau, Vana sentit quelque chose lui frôler la cheville. Elle baissa patiemment la tête sur l’élément perturbateur, et remarqua entre ses jambes un petit poisson argenté, puis un deuxième, un troisième… Prestement, elle plongea la main dans le ruisseau et en ressortit un spécimen extrêmement vivace, qui se débattit un moment avant que, de l’autre main, dans laquelle elle tenait une pierre, la sorcière ne l’achève sans pitié.

    - « D’habitude je préfère rester seule… mais il y en a assez pour nous deux » dit lentement Vana, en capturant un autre poisson de sa main libre.

    Plus qu’une invitation courtoise, c’était surtout un avertissement tacite : je ne te laisserai pas te promener toute seule dans cette forêt, pour que tu viennes me poignarder ensuite dans le dos. Quitte à supporter ta maudite présence durant toute la nuit.





    Spoiler:
     



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les Chasseurs-proies de la forêt du Vergeau [PV-Vana]

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